" De la varlope au numérique : La revanche de l'enfant au bonnet d'âne"

C'est l'histoire d'un homme, Jean Mignotte, qui au crépuscule de sa vie professionnelle (il doit avoir environ soixante quinze ans) se raconte ; une autobiographie dans laquelle l'auteur dans un style direct et sans concession, égrène les jalons qui ponctuent son parcours.

mignotte

On y découvre l'enfance cahotique de Jean, entre l'école, où l'institutrice ne s'intéressait pas au "cancre sans aucun avenir" et ses parents disparus trop tôt, remplacés par une succession de "parents adoptifs" plus intéressés par des bras pour les travaux des champs.

Puis vient le temps de l'apprentissage chez différents maîtres menuisiers. Voici ce qu'il dit "De cette démonstration, j'en ai gardé l'essentiel, il faut être petit avant d'être grand". Dès lors, il ne va avoir de cesse de s'améliorer, de regarder et d'écouter. Malgré son échec au CAP, il va persévérer, ne comptant pas son énergie et son temps pour se perfectionner. Entre temps, il va se marier et avoir des enfants. Embauché par son beau-père, il va beaucoup travailler, puis un jour lassé de se sentir exploité et épris d'ouverture sur les nouveaux procédés et produits, il va se lancer pour être son propre chef. Il va en tant que patron connaître tous les soucis inhérents à sa fonction :

  • Le manque d'argent pour investir

  • L'apprentissage dans la gestion d'une entreprise

  • le turnover du personnel, celui que l'on forme, que l'on aime et qui s'en va.

  • L'agrandissement de son entreprise avec un changement de statut.

Parallèlement, il s'investit dans une vie syndicale :

  • Militantisme au Parti Communiste, ce qui lui permettait en tant que jeune entrepreneur d'obtenir des renseignements juridiques, administratifs et fiscaux

  • Délégué au syndicat patronal, engagement pas toujours évident car la réussite fait des envieux

  • des activités comme conseiller au prud'homme

Et voici ce qu'il recherche dans son engagement : "...plus de tolérance, de loyauté, de démocratie, de liberté, de respect et de droit, l'équité sociale entre homme et femme, la défense des droits de l'homme contre la haine raciale."

C'est l'itinéraire d'une vie à travers les évolutions, de la varlope (sorte de rabot utilisé par les ébénistes pour rendre une surface lisse) au numérique (l'informatique introduite maintenant dans tous les métiers).

Ce livre aurait pu être écrit par n'importe quel chef d'entreprise autodidacte, n'importe où en France. Cependant, j'ai beaucoup apprécié cette autobiographie pour plusieurs raisons :

  • La matière utilisée est le bois et j'aime beaucoup cette matière (c'est sans doute dans les gènes)

  • Tout au long de son parcours, Jean Mignotte décrit son environnement, ses villages, la simplicité des logis, le trajet pour aller à l'école et puis plus tard, la ville de Dijon avec ses quartiers, sa "rue de la liberté" et ses bars. Quand on connaît un petit peu, je trouve que l'on a du plaisir  à lire et à comparer au présent, comme si une connivence s'établissait avec l'auteur (alors que je ne le connais absolument pas !)

  • De la même manière, il parle de figures locales que je ne connais pas forcément. Ainsi,  j'ai appris l'existence du très renommé Tony Fallone (décédé depuis la parution du livre) ; Il est vrai que je n'ai pas vraiment d'appétence pour l'accordéon !

  • J'aime le caractère indépendant et fonceur du personnage, plus préoccupé de faire évoluer son entreprise que d'écouter le qu'en-dira-t-on et j'aime sa simplicité, son courage et son abnégation.

A la lecture de ce livre, j'ai réalisé une fois de plus à quel point la vie professionnelle de certaines personnes a été un sacerdoce. Et je les admire pour cet engagement.