20 novembre 2009
"J'AIMERAIS VIVRE UN JOUR ENCORE" D'ERIC VAN HAMME
4ème de couverture :
"Je suis restée plantée là, comme un boxeur K.-O. debout, le ciel d’un
coup metombait sur la tête. J’ai mis plusieurs secondes pour réaliser
que je m’étais laissée prendre à mon propre fantasme. Quelle ingénue…
J’ai séché les cours mais pas mes larmes, complètement anéantie. J’ai
pensé au pire, passant de longues heures sur la passerelle surplombant
la voie ferrée, regardant passer les trains directs pour Paris lancés à
pleine vitesse. J’ai hésité mais n’ai pas pu…"
Editeur : actiliamultimedia
L'auteur : Eric van Hamme vit en Ile de France. Son blog
Fichtre je crois que c'est le billet le plus difficile à rédiger que je porte à votre attention.
Difficile car c'est Eric lui-même qui me l'a offert sur le quai d'une gare lors d'un sympathique speed-meeting. Si j'imagine l'attente et les interrogations d'un auteur une fois sa création lancée, c'est une pression que de le critiquer sans complaisance mais avec bienveillance.
Difficile aussi car les sujets abordés ne sont pas légers. Je dirais même que certaines de ces nouvelles, puisque c'est recueil de cinq nouvelles, sont violentes, dures et prennent aux tripes.
Petit aperçu :
"Pas la peine de revenir". Nouvelle très noire qui décrit avec acuité la douleur d'une ado incomprise, pas aimée qui n'entrevoit aucun avenir. C'est dur à lire, poignant et très bien rendu par un vocabulaire adapté.On reste scotché et mal à l'aise d'autant que malheureusement ce constat doit être assez fréquent, même si l'issue proposée ne l'est pas.
"33" Cette longue nouvelle répond à cette question : quand commence la vie ? Elle est forte, dense. Eric utilise continuellement des analogies fort plaisantes. Vous comprendrez lesquelles si je vous cite "Je fais l'amour comme je fais la cuisine, en créatif inépuisable". On se régale de tout : de la chute (même si on peut l'imaginer) et du vocabulaire choisi avec des jeux de mots dont on ne se lasse pas. Quelques digressions ne me semblent pas trop nécessaires (la cuisine moléculaire, le laïus sur les banquiers même si les propos sont intéressants). Cette nouvelle fait partie de mon top five.
"Une sensation de déjà vu". c'est une étrange nouvelle que nous propose Eric. Comment et pourquoi une femme vole la vie d'un homme. Une photo comme flash de départ pour que la lumière jaillisse dans une mémoire atrophiée. L'analyse du personnage féminin est développée un peu trop rapidement mais le caractère est bien rendu ; celle du personnage masculin bien écrit mais à mon sens il a du mal à être crédible.J'ai du mal à imaginer que quelqu'un frappé d'amnésie à un moment de sa vie arrive à faire des choses sensées, traduire des textes, sans s'interroger sur son enfance ou ses racines et à tout le moins sans que l'extérieur ne s'intéresse à son identité. A part ses considérations très terriennes, j'ai beaucoup apprécié cette nouvelle.
"La dédicace" m'a fait sourire : un primo-romancier vaniteux face à un éditeur peu scrupuleux.
Un bon cru ce recueil de nouvelles, dégusté d'une seule traite face à la cheminée. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'elles ne sont pas lisses et nouvellement correctes. Elles activent notre palpitant. La photo et le titre en disent long sur leur contenu.
Après le "le fil d'Ariane", Eric Van Hamme signe là une création toute personnelle, l'univers singulier d'un homme singulier que je vous invite à découvrir.
Merci Eric de ta confiance et de la petite surprise à la fin du livre.
13 novembre 2009
"CARREFOUR DES NOSTALGIES" D'ANTOINE LAURAIN
Présentation de l'éditeur
François Heurtevent a perdu les élections. Il n'est plus que l'ex-député-maire Heurtevent. Un citoyen ordinaire. Son téléphone ne sonne plus et son agenda est désormais vide... Depuis sa défaite, des souvenirs se bousculent dans sa tête. Principalement ceux liés à André Dercours, dit " Derk ", un vieux routier de la politique, auprès duquel il commença sa carrière au début des années quatre-vingt. Parmi les cartons qui reviennent de sa mairie, il découvre une photo de classe du cours Levert, vieille de trente ans, sur laquelle il a du mal à se reconnaître. Une question lui traverse l'esprit : que sont devenus les adolescents de la photo ? Le voilà qui s'installe dans l'ancien appartement de Dercours et convoque un ami des services secrets pour retrouver les coordonnées de ses anciens camarades. Clément Jacquier est devenu réalisateur de films érotiques, Delphine Poisson est coiffeuse, Jérôme Auberpie est entré dans les ordres... De rencontres en hasards, sa promenade le mènera jusqu'aux comptes à numéro de Genève, jusqu'aux secrets qui n'auraient jamais dû être dévoilés. Ceux qui dorment dans les vieux dossiers et parfois même dans les puces des ordinateurs...
Biographie de l'auteur
Après Ailleurs si j'y suis (prix Drouot 2007) et Fume et tue (2008), Antoine Laurain signe avec "Carrefour des nostalgies" un roman sur le temps qui passe, à la fois doux-amer et chaleureux, où le piquant du récit le dispute à l'intelligence de l'intrigue
François Heurtevent le soir de son échec électoral se retrouve face à lui-même et à la vacuité de sa vie. Il va se ressourcer et trouver un certain réconfort en se tournant vers le passé grâce à une photo de classe prise l’année du bac. Il va ainsi vouloir savoir ce que sont devenus ses anciens camarades de terminale. Sa quête va le mener dans des univers inconnus de lui mais surtout beaucoup plus loin qu’il ne l’espérait puisque son propre passé va resurgir.
Entre nostalgie et besoin de comprendre, il se laisse guider par les hasards comme si la prescience d’une découverte majeure était inscrite dans les cartes. Tout s’enchaîne irrémédiablement, presque trop bien, pour qu’effectivement le passé se délite et bouscule le présent.
Je trouve que lire des romans sur le temps qui passe est souvent long et ennuyeux. Or ici, pas du tout ! Je dirais que le fil est très finement tissé, qu’il est rapidement brodé-presque trop vite dans la description des personnages rencontrés-et que l’aspect douloureux d’une telle évocation est atténué par la diversité des rencontres et des situations dont certaines sont assez cocasses.
C’est un lieu commun de dire qu’une suite de hasards débouche souvent sur un changement ou une découverte radical ; ici les révélations foisonnent (too much !) mais le rythme donné, fait que ce roman est agréable à lire et se lit presque d’une seule traite.
On trouve dans ce roman quelques dénominateurs communs aux autres romans d’Antoine Laurain, « Ailleurs si j’y suis » et « Fume et tue », les antiquaires et la Bourgogne du vin. C’est surement la raison pour laquelle ce roman a reçu le prix « livres en vignes » 2009. C’est en allant d’ailleurs à ce rendez-vous que j’ai revu Antoine Laurain et surprise ! la dédicace ne m’est pas du tout destinée ! sans doute une inversion dans les livres.
Critiques et actualités sur le site d'Antoine Laurain
Critique plus mitigée d'Anne
01 novembre 2009
BORIS VIAN BOF !
Voilà un coin de campagne où l'on a de drôles de façons... La foire aux vieux, par exemple. Curieuse institution ! On sait bien aussi que tous les enfants peuvent voler comme des oiseaux dès qu'ils étendent leurs bras - mais est-ce une raison suffisante pour les enfermer derrière des murs de plus en plus hauts, de plus en plus clos ? Le psychiatre Jacquemort se le demande puis ne se le demande plus, car il a trop à faire avec la honte des autres, qui s'écoule dans un bien sale ruisseau. Mais nous, qui restons sur la rive, nous voyons que Boris Vian décrit simplement notre monde. En prenant chacun de nos mots habituels au pied de la lettre, il nous révèle le monstrueux pays qui nous entoure, celui de nos désirs les plus implacables, où chaque amour cache une haine, où les hommes rêvent de navires, et les femmes de murailles.
Je n’ai pas adhéré à cette histoire. Les personnages sont loufoques, comme les situations. En fait , je ne voyais pas où l’auteur voulait nous emmener. J’ai arrêté ma lecture au trois-quart du livre en me demandant à quoi servait ce livre. Pour ne pas rester sur une mauvaise impression, j’ai lu un autre livre de Boris Vian un peu plus amusant mais aussi loufoque.
Livre lu dans le cadre du
Pour parfaire pour jugement j'ai retrouvé ce titre là
Les tribulations d’un homme qui cherche à échapper à un cartel de drogue. L’histoire n’a pas vraiment d’intérêt mais certaines situations sont cocasses et j’ai même souri ! C’est tout. Finalement les personnages sont aussi déjantés que dans le premier livre mais différemment. Je n’ai pas fini ce roman et le style Boris Vian ne me séduit pas. Je n’y comprend rien.
Critiques de différents livres de B. Vian chez sylire pour le blogoclub
14 octobre 2009
"LES PINTADES A TEHERAN" DE D. MINOUI
Non, à Téhéran les femmes ne sont pas toutes voilées de noir de la tête aux pieds. Oui, elles ont le droit de vote et peuvent même être élues. Non, elles ne sont pas cloîtrées à la maison, et 60 % des étudiants sont des étudiantes. C'est sûr, la vie des pintades téhéranaises est pleine de contraintes et d'interdits. Au regard de la loi, elles ne valent que la moitié d'un homme. Leur quotidien est un pied de nez permanent à la censure, une lutte de tous les instants contre une république islamique qui ne leur fait pas de cadeaux. Découvrez une basse-cour voilée, mais pas prude ! Plongez sous les voiles et derrière les portes, dans l'intimité de femmes ultra féminines, bourrées de contradictions, et pénétrez dans leur univers, à travers des chroniques, des anecdotes, leurs bons plans et leurs meilleures adresses remises à jour
Un grand merci Keisha pour ce livre très instructif. Oui, il y a des adresses et des bons plans pour celles ,comme Keisha, qui vont visiter ce pays mais c'est avant tout un excellent documentaire sur la façon de vivre des Iraniens ou plutôt des Téhéranaises et sans doute une certaine frange de la population.
L'Iran qui est présenté en Occident comme un pays de barbus rigoristes et sous-développé est présenté d'une autre façon. Ces fameuses "pintades" sont des femmes de la génération K (nées sous Khomeini, éduquées sous Khameni.) qui se battent contre le régime des mollahs avec leurs armes : le rouge à lèvres, un stylo et des SMS.
En premier, elles veulent se sentir femme ; Ainsi le "tchador noir cache de la dentelle rouge" ; chaque femme est soucieuse de sa beauté, épilation souvent intégrale obligatoire, mèches toujours très travaillée qui dépassent du foulard, maquillage parfait.
Elles entretiennent leur corps en faisant du sport et la chirurgie esthétique du nez est assez fréquente.
"Elles rêvent de réussite dans leur études, d'amour, de prospérité et de chasse au kilos superflus"
Ainsi outre la beauté elles veulent étudier ; d'ailleurs 60% des étudiants sont des étudiantes. Et il n'est pas rare qu'elles prennent la tête de ministères, des banques, qu'elles soient sur des chantiers ou au volant des taxis même si un député a proposé de créer un doctorat "femme au foyer" !
Pour exister, tout une activité souterraine s'organise, que ce soit pour réceptionner de la marchandise interdite (film, livres,... du Grand Satan), pour s'amuser, danser, chanter, draguer au nez et à la barbe des barbus qui préfèrent cela plutôt que trouver cette jeunesse dans la rue.
Bref, ce livre est une mine d'informations, même si on a aucune intention de se rendre en Iran, pour comprendre ce qui se vit là-bas et pour comprendre en partie ce qu'est la communauté islamique. Ces "pintades" sont tiraillées, elles s'arrangent avec la loi et on sent poindre la révolution des rouges à lèvres.
Certaines personnalités se battent à visage découvert ; c'est le cas du prix Nobel de la Paix 2003 Chirine Ebadi qui ne cesse de lutter en tant qu'avocate pour le droit des femmes notamment pour que l'âge légal du mariage passe de 9 à 13 ans !
C'est un livre intéressant et toujours agréable à lire, l'humour est bien présent et toutes ces "pintades" sont tout simplement attachantes.
Merci Keisha pour cette découverte ! Le livre continue son voyage. Il vient de chez Tiphanya (que je ne connais pas) et va chez Jelydfragon (que je ne connais pas) Salut les filles !
30 septembre 2009
"COURLANDE" DE JEAN-PAUL KAUFFMANN
La Courlande, pays de nulle part ? Longtemps occupée par les Soviétiques, interdite d'accès jusqu'en 1991, cette contrée des confins bordée par la mer Baltique surgit aujourd'hui intacte avec ses ciels infinis, ses forêts, ses plages désertes et ses châteaux en ruine détenus naguère par les barons baltes, descendants des chevaliers Teutoniques. Poursuivant une très ancienne histoire d'amour, Jean-Paul Kauffmann a succombé à l'attraction de cet ailleurs, dernière écluse entre le monde slave et le monde germanique. Ce récit de voyage est aussi une enquête sur la disparition : il s'agit de retrouver la trace d'une jeune Courlandaise, d'un chercheur de tombes, d'un monarque français... Retrouver aussi un pays, autrefois une anomalie historique, aujourd'hui à la recherche de son âme.
Biographie de l'auteur
Jean-Paul Kauffmann
est l'auteur, entre autres, de L'Arche des Kerguelen (1993), de La
Chambre noire de Longwood (1997) et de La Maison du retour (2007).
Cette fois-ci, c'est un billet double sur le même livre. Dang, mon complice du Web qui m'a fait redécouvrir JP Kauffmann, a écrit ce premier billet. Le mien suit. Je précise que nous l'avons écrit séparément sans copier l'un sur l'autre.(on ne truande pas chez moi :) ) Un grand merci Dang ! Thaïs
Depuis déjà bien des années, je me demande si Jean-Paul Kauffmann n’est pas l’un de nos meilleurs écrivains contemporains. On m’objectera qu’il faudrait d’abord s’entendre sur le terme « bon écrivain ». Pour moi, le grand écrivain est l’auteur que l’on retrouve toujours avec plaisir. Son style est comme une petite musique qui nous ravit. Aussi, et cela n’est pas la moindre de ses qualités, il a quelque chose à dire.
Kauffmann réunit à mes yeux toutes ces qualités. Son style est fluide, limpide, simple, reposant. Il n’a pas son pareil pour décrire les couleurs et, mieux encore, les odeurs. Dans la « Chambre noire de Longwood » il nous faisait sentir le bois fraîchement ripoliné. Dans « Courlande » il multiplie les descriptions olfactives. Il entre dans un château transformé en école et lui parvient de la cantine des effluves de charcuterie fumée et de désinfectant. Ailleurs, il est saisi par une indéfinissable odeur de feuilles mortes, de végétaux en décomposition. Toujours, on le lit avec ferveur et lorsque l’on referme le livre on est presque déçu d’avoir déjà terminé. Même les longueurs (et il y en a dans « Courlande ») nous donnent l’impression de devenir l’un de ses intimes. C’est peut-être là son trait de génie, on passe un bon moment en compagnie d’un ami. Il emmène le lecteur à sa suite en voyage (ici dans une région de Lettonie), il est nos yeux, notre odorat. Avec un ravissement sans cesse renouvelé, nous l’écoutons nous parler de ce qu’il voit, des gens qu’il rencontre, des idées qui inondent son cerveau.
« Courlande » c’est une histoire d’amour, c’est un reportage journalistique, c’est une magistrale leçon de géographie, de géopolitique, c’est une réflexion sur l’Histoire, sur les hommes qui font ou qui subissent l’Histoire.
Avant Kauffmann, je suis allé en Lettonie. J’ai visité des châteaux construits par les barons germano-baltes raffinés et décadents qui vivaient en marge d’une population lettone exploitée, méprisée et qui les haïssait non sans raisons. J’ai vu les effets de la sournoise colonisation de peuplement imposée par les soviétiques (35% au moins des habitants sont des russes devenus apatrides qui vivent chichement dans ce pays où ils espèrent encore retrouver le haut du pavé comme avant la chute du communisme), j’ai longuement visité Riga, capitale de l’Art Nouveau, comme Kauffmann je me suis souvent retourné sur ces belles grandes jeunes filles blondes au teint clair, comme lui j’ai vu un pays romantique avec ses forêts sombres, ses dunes monotones, ses plages désertes, le gris de la Baltique, la campagne où dominent les couleurs noir et blanc comme dans un film de Dreyer.
Mon regret ? Ne pas avoir eu « Courlande » dans mon sac lors de mon périple. J’aurais aimé le lire le soir à l’hôtel. Il se dégage de ce vagabondage littéraire (Stendhal n’est jamais bien loin) un charme suranné, un je ne sais trop quoi de mélancolique qui vous attache au pays autant qu’à ses personnages. Des Kerguelen aux Landes en passant par Sainte-Hélène et maintenant la Lettonie, Kauffmann n’en finit pas de regarder vivre le monde, ce qui lui fut refusé pendant sa longue détention. Il se rattrape aujourd’hui, pour notre plus grand bonheur.
DANG
Encore une fois Jean-Paul Kauffmann nous fait voyager. Après les Iles Kerguelen et Sainte-Hélène, nous voici dans les pays Baltes et plus exactement dans une région essentiellement basée en Lettonie. Il part là-bas pour des raisons professionnelles, il est journaliste tout de même mais aussi personnelles, missionné par un cousin, mais aussi sentimentale (se rappeler une ex copine Courlandaise connue au canada).
Ce livre "Courlande" n'est pas un livre d'aventures au sens où on l'entend habituellement. C'est un écrit fidèle à ce que je connais de Jean-Paul kauffmann puisqu'il nous emmène dans le sillage de ses propres découvertes. Nous nous baladons de châteaux en rencontres, de visites en désillusions. Nous apprenons l'histoire de cette terre de Courlande qui a privilégié un moment le commerce extérieur et la construction navale, grâce à son Duc de Courlande, qui a même implanté des comptoirs lointains. Le joug soviétique a anéanti le particularisme de cette région.
Nous captons à travers la visite du cimetière tout le drame qu'ont pu vivre des étrangers et notamment les "malgré-nous", ces alsaciens enrôlés de force dans la Wehrmach.
Mais l'intérêt des livres de JP Kauffmann réside aussi dans toutes les autres facettes du pays qu'il nous offre : la musique avec les "douina", mélopée chantée lors des célébrations de la Saint Jean, la peinture, les auteurs dont Keyserling (j'aimerais en lire un) et fidèles à ses amours, il exerce ses papilles en dégustant des vins de la vallée de l'Abava, la "Suisse de Courlande". (je viens de découvrir avec plaisir que c'est lui qui a écrit un livre passionnant sur le château yquem, livre lu il y a une dizaine d'années dont je cherchais l'auteur).
Il nous parle aussi de l'indicible, de ce qu'il perçoit des habitants."ici on tient la timidité pour une vertu", de l'accueil souvent froid. Il nous surprend aussi par sa ténacité à comprendre, à forcer les portes des sites fermés, à se rendre sur place pour contempler et sentir même s'il n'y a pas grand chose à voir. Et puis l'âme de ce pays ne se comprenant qu'à la saison la plus rude, l'hiver ; Ainsi, il prolonge son séjour pour se mettre dans les mêmes conditions que certains auteurs. Bref dans ce livre on retrouve un JP kauffmann soucieux de comprendre et de nous faire ressortir l'essentiel, pas forcément visible dans ce pays. Il n'y a rien d'extraordinaire ici. Tout est ténu, de l'ordre du ressenti. D'aucuns pourraient dire qu'il s'est perdu dans les confins des Pays Baltes. Il 'en est rien. Je reconnais certaines longueurs notamment historiques mais je suis mauvais juge n'étant pas férue d'Histoire. Je retrouve l'auteur que j'aime, curieux, affable et sensible qui sait raconter l'indéfinissable.
THAIS
20 septembre 2009
"NOUVEAUX INDIENS" DE JOCELYN BONNERAVE
Nouveaux Indiens est une enquête qui change d'objet en cours de route. Sur fond de campagne présidentielle, un anthropologue français venu aux Etats-Unis étudier la vie de quelques musiciens est conduit à sortir de sa réserve scientifique lorsqu'il met au jour les turpitudes d'une drôle de bande : de jeunes artistes, des intellectuels bien en place, un chirurgien, et une clocharde qui porte au cou de jolies pierres d'ambre. On croisera aussi une violoncelliste un peu magicienne, un vieux bouddhiste irrépressiblement gourmand. Le Nouveau Monde a-t-il tant changé depuis les sauvages de la Renaissance ?
Biographie de l'auteur
Jocelyn Bonnerave
est né en 1977. Il a étudié la littérature et les sciences humaines,
particulièrement l'anthropologie. Ses activités musicales et
littéraires s'associent souvent dans la pratique de la performance.
Attirée par la quatrième de couverture, l'anthropologie, la période, la campagne présidentielle et sans doute le côté analyse de la société américaine, j'ai assez vite déchantée. Cet anthropologue, qui une fois aux Etats-Unis rencontre toute une bande de personnes plus ou moins dégénérées, finit par leur ressembler. Les personnages ne sont pas du tout attachants et la fameuse enquête qui vise à déterminer pourquoi cette jeune Mary est devenue anorexique "par à-coups" n'a pas réussi à capter mon attention. J'ai eu du mal à finir ce livre. Les premières pages que je trouvais assez bien écrites ont laissé place à un magma de phrases imbitables. La page 39 est une seule et même phrase comme pour donner un rythme musical, la musique est très présente, mais franchement je n'y comprend rien. Les mots grossiers se répètent à l'infini sans doute pour coller aux personnages mais ils ont fini par creuser le lit de mon impatience...à finir rapidement et de mauvaise humeur ce livre.
Je suis désolée d'être aussi négative, j'ai toujours quelques scrupules d'autant plus que c'est "chez les filles" et les éditions du Seuil, que je remercie, qui me l'ont offert. Saxaoul a abandonné . Néanmoins, je pense que je ne suis pas bon juge et cathulu semble ravie de cette lecture ainsi que papillon. Lael, que je ne connais pas, dit " Nouveaux Indiens, est indéniablement le roman qui conjugue avec brio le romanesque et cette passionnante discipline qu'est l'anthropologie...". Je n'ai rien vu de cela mais c'est pour dire que ce livre n'était vraiment pas pour moi !
Critiques aussi chez babelio,
16 septembre 2009
"JEUX CROISES" de MARIE SIZUN
Présentation de l'éditeur
L'une s'appelle Marthe, l'autre
Alice. Tout les sépare. Marthe semble bien installée dans sa vie. Mais
son mari la quitte et tout bascule... Alice a dix-huit ans. Elle élève
seule un bébé né par hasard. Il suffira d'un moment de doute chez l'une
et d'un geste de folie chez l'autre pour que leur sort soit lié.
Commence alors une aventure étonnante, thriller psychologique ou conte
tour à tour effrayant et merveilleux, où s'entrecroisent les destins de
deux femmes autour du mystère et de la fragilité d'un enfant.
Biographie de l'auteur
Marie Sizun a reçu
le grand prix littéraire des lectrices de Elle en mai 2008 pour La
Femme de l'Allemand. Jeux croisés est son troisième roman.
Tout le monde parle de la rentrée littéraire 2009, je me contente d'un bijou de 2008.
Anne en a parlé et j'ai apprécié ! le sujet est grave, vol d'enfant d'une part et placage en règle par un mari volage d'autre part mais la forme, l'écriture tellement réussie que c'est un petit bijou de lecture. Deux femmes brisées, un petit garçon, dénominateur commun de ces deux destins, cela donne un condensé d'émotions servi par une écriture douce et légère, des lieux que l'on a envie de découvrir et des personnages attachants...
Que du bonheur !
Sylire aussi en parle très bien.
19 août 2009
"AU BON ROMAN" DE LAURENCE COSSE
Un fou de Stendhal et franc misanthrope, reclus dans un hameau de Savoie, est abandonné en forêt par des individus qui l'y ont amené de force en pleine nuit. Une très jolie blonde rôdée à la conduite automobile quitte brusquement une route qu'elle connaît comme sa poche. Un Breton sans histoire, habitué à faire chaque matin la même promenade au bord d'une falaise, trouve sur son chemin deux inconnus qui ont tout l'air de l'y attendre. Mais le lecteur comprend bientôt qu'on n'est pas dans un roman policier classique. Les agresseurs ne sont ni des agents secrets ni des trafiquants. Ils ne s'attaquent pas à des durs mais à des tendres, un ancien routard devenu libraire, une mécène mélancolique, et à une entreprise dont aucun des deux n'avait imaginé qu'elle pourrait fâcher. Qui, parmi les passionnés de roman, n'a rêvé un jour que s'ouvre la librairie idéale ? Non pas ce qu'on appelle une bonne librairie, où l'on trouve de bons romans, mais une librairie vouée au roman où ne sont proposés que des chefs-d'œuvre ? En se lançant dans l'aventure, Ivan et Francesca se doutaient bien que l'affaire ne serait pas simple. Comment, sur quels critères, allaient-ils faire le choix des livres retenus ? Parviendraient-ils un jour à l'équilibre financier ? Mais ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'était le succès.
Ce roman est extrêmement agréable à lire et intéressant. Il faut juste une préparation particulière car il faut absolument avoir papier et crayon à portée de main. !
Je pose tout de suite les limites de ce roman, je serais débarrassée.
Je ne vois pas à quoi sert la première partie qui donne une couleur policière au roman mais en a-t-il besoin ?
De même je n'ai pas été sensible aux intrigues amoureuses, ni à la lente transformation de Francesca. (pourtant je suis assez fille et j'aime bien les histoires d'amour :)
En revanche, j'ai beaucoup aimé l'idée de départ, à savoir la constitution de cette librairie de bons romans, la manière de l'inventer, de l'organiser avec le comité de selection. Bien sûr comme tout un chacun, j'ai pris des notes et je mesure l'abîme de mon inculture. (je m'aperçois que je ne connais que quelques auteurs, enfin "quelques" est presque un mensonge). Cuné en répertorie certains qui sont sur ma liste aussi.
J'ai aimé dans ce livre et je trouve que Laurence Cossé en fait bien état, l'ambiance qui peut régner quand une équipe démarre quelque chose et va dans le même sens : du travail certes mais de l'énergie et de la confiance. Voilà pour le côté cour et puis côté jardin les clients qui sont heureux dans cette antre merveilleuse. On a envie d'y aller et de s'affaler dans un fauteuil jusqu'à point d'heures !
Ce livre était intéressant aussi car on y apprend un peu les coulisses des librairies et des maisons d'édition. Laurence Cossé évoque aussi les jaloux dans l'ombre qui sont prêts à torpiller un projet qui ne les sert pas. (de là à tuer ?)
Enfin, même si je ne lis pas énormément, je suis assez convaincue depuis longtemps, que le nombre d'exemplaires présentés sur un linéaire n'est pas forcément synonyme de qualité.
C'est une lecture vraiment réjouissante même si elle augmente d'un seul coup ma LAL.
critiques à la blog-o-book (dont Ys et clarabel notamment)
12 août 2009
"DIS OUI NINON" DE MAUD LETHIELLEUX
Présentation de l'éditeur
" Dans ma classe, une immense dame maigre et très laide avec des cheveux courts et des gros sourcils m'a demandé de recopier le mot écrit au tableau. J'ai essayé d'imiter les traits droits comme du blé un jour sans vent, c'était très difficile, mes doigts glissaient sur la mine colorée. La dame s'est approchée et elle a dit : Mon Dieu ! J'ai dit que j'étais pas Dieu mais que si elle voulait m'appeler comme ça, pourquoi pas. Elle a répété : - Mon Dieu... Tu ne sais même pas écrire " maman " ? - Non, ça sert à rien que je l'écris puisque je dis jamais maman. - Tu... tu ne dis jamais maman ! - Non, je l'appelle Zélie parce que c'est trop mignon et en plus c'est personnel et assumé pour de vrai. La dame m'a dit de ne pas parler sur ce ton, j'ai répondu que je ne mangeais pas de poisson parce que sinon, on allait vider la mer. " Du haut de ses neuf ans, Ninon observe le monde. Un monde où les adultes ne s'aiment plus, où les mots n'ont pas de sens, où les mensonges sont rancuniers... Parce qu'elle ne le comprend pas, Ninon décide de s'en détourner et de vivre avec son père qui n'a plus rien. Rien, sauf elle. Ensemble, ils refont leur monde, construisent une maison à partir de rien, traient les chèvres, vendent sur les marchés, oublient l'école et les bonnes manières, sans se soucier des bien-pensants, ni de madame Kaffe, l'assistante sociale. Dis oui, Ninon est une histoire d'amour. Celle d'une petite fille pour son père et celle d'un homme pour la liberté.
Biographie de l'auteur
Maud Lethielleux est musicienne et metteur en scène. Elle a parcouru le monde, de l'Asie à la Nouvelle-Zélande. Dis oui, Ninon est son premier roman.
Premier roman de Maud qui fait l'unanimité sur la Toile ! Je ne vais pas répéter tout ce que j'ai lu, c'est absolument vrai. On lit d'une seule traite ce roman , Ninon est pleine de fraicheur, de sensiblité et assez inoubliable ;
Le ton est juste mais néanmoins me semble un peu décalé par rapport à l'âge de la gamine, 9 ans. De plus, tandis que tout le monde souligne la personnalité de Ninon et sa perception d'une réalité désastreuse engendrée par le divorce de ses parents, j'y perçois plus le malaise d'un couple qui se sépare mais ne sait pas gérer ses enfants. C'est moins poétique que les mots d'esprit de Ninon mais c'est mon ressenti et sans doute mon côté plus terre à terre.
Bref avec du recul, la lecture fut gentillette, merci Antigone pour le livre, mais ne restera pas gravée dans ma mémoire. Je souhaite cependant à la pétillante Maud arrivée sur la Toile pour lancer son livre, aussi vite repartie pour en faire la promo, une belle continuation.
Critiques chez cathulu, shalima, clarabel,Florinette, antigone, Flo, sylire, Aifelle,et d'autres...
29 juillet 2009
"CHANSON DES MAL-AIMANTS" DE SYLVIE GERMAIN
La narratrice, abandonnée à sa naissance à la porte d'un couvent, vagabondera au fil des ans d'une place à l'autre, à travers la France. C'est comme si elle n'avait pas de vie propre, mais elle participe intensément à celle des autres et aux drames dont elle est le témoin, sondant toujours plus profondément les mystères du cœur et du corps humains en lesquels rôde si souvent la folie. Elle grandit dans les Pyrénées, parmi des enfants qui attendent en vain le retour de leurs parents chassés par la guerre, puis dans une auberge où l'on pratique un culte truculent de l'ours, ensuite dans un manoir où pèse un secret en forme de cruelle mascarade. Devenue adulte, elle est servante dans divers hôtels, dans un bordel champêtre, dans un bistrot de gare, puis à Paris où elle côtoie des gens insolites, parfois inquiétants, et où elle finit chanteuse de rue avant de revenir dans les Pyrénées. Dans la splendide sauvagerie des montagnes et dans celle, bien plus féroce, de la ville, elle ne cessera de creuser et de fortifier sa solitude, ainsi que son don de compassion.
L'histoire banale d'une fille abandonnée lors de sa naissance dont la vie va être balisée par des abandons et des trahisons. C'est touchant, bien écrit, juste ce qui faut de mots comme diraient certains, pour décrire des situations et des sentiments.
De plus, c'est la première fois que je me fais cette réflexion, si je devais écrire un livre, c'est ce style là que j'emprunterais : beaucoup de distance, un ton légèrement désabusé mais humoristique pour nous faire saisir l'essentiel. A aucun moment, le style est larmoyant. Je note la finesse d'une écriture pour nous décrire une bulle de misère et de solitude. (bon je sais ma réflexion stupide puisqu'il faut adapter le style au contenu mais c'est pour vous dire combien j'ai aimé son écriture)
J'avais apprécié ma lecture de "Magnus" il y a quelques années et là en refermant le livre, je suis toujours charmée par cet auteure.











