Cela fait un moment que ce billet me trotte dans la tête. Plusieurs livres sont passés à la trappe de mes mauvaises critiques billets de lecture pour plusieurs raisons. Je passerais sur la plus simple, celle qui a consisté à remettre au lendemain ce que je pouvais faire le jour même et le billet n'a jamais vu le jour car je suis passée à autre chose.(exemple : "la chambre des morts" de F. Thilliez)
J'avais envie plutôt de partager avec vous celles plus douloureuses générées par mes peurs, quelques exemples à l'appui.

 

- La peur d'abîmer une oeuvre, celle de Julien Gracq en l'occurrence. J'aime beaucoup cet auteur mais j'ai peur de transformer ses plats raffinés en omelette insipide. Après avoir lue, "le rivage des Syrtes", "le balcon en forêt" et  "le château d'Argol", je préfère ne rien faire. Peut-être un jour...J'ai déjà eu cette impression avec Charles Juliet et puis un jour l'inspiration est venue d'une seule traite.

 

- La peur de ne pas maîtriser l'ensemble des données, des doutes à la lecture et une teneur politique que je ne souhaite pas aborder sur ce blog. C'est le cas avec le livre d'entretien entre Gwen Rosière et Martin Hirsch,"la chômarde et le haut commissaire".

 

  • Une partie des dispositions précisées dans le livre ont changé depuis et j'ai du mal à recoller tous les morceaux.
  • Un sentiment de malaise : cette fille, Gwen qui écrit très bien (mieux que Hirsch) à deux reprises dit, que si elle n'a pas été embauchée en CDI (suite à une trentaine de CDD) c'était suite à quelque chose de personnel. C'est tout à fait normal qu'elle n'en parle pas si elle n'en a pas envie mais décrédibilise le témoignage qu'est censée apporter cette femme.
  • J'ai  beaucoup de respect et d'admiration pour l'engagement de Martin Hirsch mais j'ai un doute après la lecture de ce livre sur la faisabilité du projet (en test pour l'instant). J'ai eu le sentiment qu'il n'y croyait pas vraiment. Je sais, c'est en totale contradiction avec tous les contenus d'interviews que j'ai pu entendre ou lire ici ou là mais néanmoins, j'ai toujours ce doute distillé au fond de moi. D'ailleurs, à un moment Gwen Rosière le lui dit très intuitivement.

- la peur d'être passée à côté de quelque chose d'important. J'ai cette impression avec Henri Bauchau et son livre "le boulevard périphérique". J'ai beaucoup apprécié ce roman. Je ne sais pas si c'est le fait de savoir qu'il est psychanalyste mais j'ai le sentiment de ne pas avoir entièrement saisi ce qu'il voulait nous dire à travers cette double histoire. Je vais le relire avant d'en parler.

 

- La peur de décalquer un Bourguignon : et oui même si cette région est une région d'adoption (depuis deux ans), j'y suis attachée. Et pourtant, je n'ai pas aimé le livre du grand Henri Vincenot "l'oeuvre de chair". Je me suis ennuyée et encore je me suis accrochée pour ne pas abandonner. Cela fait quelques semaines d'ailleurs, et je suis bien incapable de vous dire de quoi le livre parle. J'en ai un autre sous le coude et je recule, je recule pour ne pas le lire pour le lire...Après tout, certains inconnus Bourguignons comme Emilie Vilmont et Michel Rederon m'ont donné beaucoup de plaisir, pourquoi se tourner vers le connu, fût-il Bourguignon ! Et oui rien de mieux que de se perdre hors des sentiers battus comme dirait Daniel.

 

- Dans la même veine, j'aurais du mal à descendre un livre de quelqu'un que je connais ou d'un(e) blogueur(euse) que j'apprécie. Et pourtant, je sais bien qu'il n'est pas anormal de ne pas aimer un livre, l'univers proposé ou le style d'écriture. Le cas ne s'est pas présenté. Ouf !

 

- Une autre catégorie de livres dont je ne parle pas sont ceux que j'ai envie de garder pour moi, non parce que j'en ai honte (je ne pense pas que cela me soit arrivée) mais parce qu'ils touchent à l'inénarrable, au ressenti tellement à fleur de peau que je ne me sens pas parler de ces choses là. Sans doute au fond de moi, une peur d'être jugée ou incomprise mais principalement parce que l'émotion me tétanise et m'empêche de construire quelque chose de cohérent. Je me laisse donc porter et cela fait du bien.

 

- Enfin j'aime certains livres pour l'écriture qui me fascine plus que par l'histoire elle-même. C'est le cas avec ce livre de cette bourguignonne Françoise Lefèvre "Alma ou la chute des feuilles". L'histoire de cette femme qui, au crépuscule de sa vie, revit la trahison amoureuse de son mari ne m'a pas particulièrement enthousiasmée. (bien triste tout de même). Mais tout est tellement bien dit et poétique que j'ai adhéré à cette histoire malgré moi. En revanche, je ne me vois pas faire un billet de lecture sur l'écriture et la poésie du roman !

 

Et vous quelles sont vos peurs, vos craintes, vos retenues  ? (si vous en avez...)

 

PS : Je vais créer une catégorie "livres abandonnés". (dernièrement ce fut "Ravel" de J. Echenoz)