J'ai l'impression d'avoir touchée au fruit défendu en lisant en avance un livre ( vous savez les devoirs de vacances). Et oui je n'ai pas résisté. Isa en a parlé, j'ai pris juste une heure et j'ai lu et aimé. Et trop pressée d'en parler (Isa ne le souhaite pas), je vous confesse ainsi mes impressions.

Je suis d'autant plus honteuse que ce livre est sorti en 1999 ! et sans doute préoccupée par les biberons et les couches, je n'ai rien vu, rien entendu.

Resituons donc cette nouvelle épistolaire et son auteur.

inconnuacetteadresse

Cette nouvelle a été écrite en 1938 par Kressmann Taylor et publiée dans Story Magazine. C'est la correspondance imaginée de deux amis très proches et associés dans une entreprise de marchands de tableaux aux Etats-Unis, l'un est allemand Martin, l'autre juif américain Max.

Martin décide de retourner en allemagne avec sa petite famille. Ils sont convenus de rester liés fraternellement et professionnellement malgré la distance. C'est la correspondance de Martin et Max entre novembre 1932 et mars 1934, une sorte de journal intime à deux voix, qui sert de trame à cette nouvelle imaginaire mais réaliste et à superposer aux événements historiques de l'allemagne nazie.

On distingue trois phases dans cette vingtaine de lettres :

1) les liens fraternels : continuité malgré la distance physique.

2) le doute s'installe :

- chez Max :

" je crois qu'à nombre d'égards Hitler est bon pour l'allemagne mais je n'en suis pas sûr. L'homme électrise littéralement les foules. Il possède une force que seul peut avoir un grand orateur doublé d'un fanatique. Mais je m'interroge ? est-il complètement sain d'esprit ?"

- chez Martin :

"Je sais qu'un esprit libéral et ton coeur chaleureux ne pourrait tolérer la brutalité et que tu me diras la vérité".

3) la distance sous toutes ses formes.(espace et origine)

" il devient impossible pour moi de correspondre avec un juif ; et ce le serait même si je n'avais pas une position officielle à défendre".

Et la chute du récit attendue mais piquante dans sa forme.

Le style du récit est suffisament efficace pour traduire la réalité vécue, c'est clair et incisif avec des phrases percutantes.

Kressmann Taylor est née en 1903 et décédée en 1997. Son mari et son éditeur pensaient que l'histoire était trop forte pour avoir été écrite par une femme ; aussi ont-ils décidé de changer son prénom Katherine en Kressmann, plus masculin. Elle s'est, parait-il, inspirée de certaines vraies lettres et de témoignages d'un pasteur allemand. Femme au foyer, elle a très peu écrit. Voici ses ouvrages :

- "Ainsi mentent les hommes"

- "Jour sans retour"

- "Ainsi rêvent les femmes"

Loin de l'agitation de la blogosphère parlant de l'aspect féminin des blogs (ça m'a fait rire cette histoire), je vous incite à lire de toute urgence ce petit livre, juste une heure de lecture, écrit par une femme et mettant en scène des hommes. SUPERBE !